Solanin, la passage doux-amer à l’âge adulte

Il est toujours compliqué de prendre en main une œuvre ayant acquise une certaine réputation au fil des années. Je veux dire, dur de commencer quelque chose dont on te vend sans cesse les louanges, qu’une fois entre tes mains, on te regarde avec un regard qui te dit « Tu vas voir qu’on avait raison, tu comprendras bien vite » et qu’on redoute finalement presque de les décevoir si tu venais à avoir un avis un tant soit peu plus modéré, si ce n’est contraire. Du coup, une fois qu’on passe à l’acte, on a cette impression d’un avis biaisé. Juge-t-on vraiment l’œuvre telle quelle, ou sans le vouloir, si elle vaut bien la réputation qu’elle a partout ailleurs ?

Aujourd’hui, c’est Solanin que j’ai eu entre les mains. Un bon ami m’a presque supplié de prendre les deux tomes qui composent l’œuvre quand je les ai vus dans cette librairie, après que le titre ait fait tilt dans ma mémoire. « Ah, c’est le fameux Solanin dont on parle tant ».

« C’est un bijou, tu devrais le prendre. Si t’aimes pas, limite je te rembourse ! ». Disait-il avec tant d’assurance.

Défi accepté.

Solanin, c’est l’histoire de ce petit couple de japonais qu’est Meiko et Taneda. Sortis tous les deux de l’université où ils se sont rencontrés, Meiko est une jeune femme active, travaillant comme office lady, une assistante en somme. Taneda, c’est le gars un peu paumé qui travaille en tant que graphiste, mais qui joue aussi (et surtout, à ces yeux) dans son petit groupe de rock à côté. Les deux s’ennuient quelque peu dans leur vie : Taneda est un grand flemmard qui ne se sent clairement pas à l’aise dans son boulot et est à deux doigts de le quitter, sans trop savoir quoi faire à côté, si ce n’est de la musique avec ses potes, sans avoir la conviction qu’il pourrait vraiment percer. En gros, il erre à droite à gauche sans réel but. Meiko se veut plus affirmée, fait son taff comme il faut, mais elle aussi fini un peu par s’ennuyer de ce train-train quotidien de larbin imposé par ce type de travail. Elle prend tout de même la chose suffisamment à cœur, puisque c’est elle qui gère l’aspect financier de leur couple, logement inclus. Mais à force… tout le monde finit par craquer.

Des décisions vont se prendre pour changer la routine, faire avancer les choses, tenter de sortir la tête de ce grand bassin d’eau qu’est la société moderne, ici japonaise. Ils ne seront pas seuls, ils ont leur petit groupe d’amis qui ont aussi leurs galères de la vie de tous les jours, chacun à leur façon. Et au-delà de ça, un évènement très important va impacter tout ce beau monde, et chambouler définitivement leur vie. Et c’est un peu ce qu’on va suivre dans Solanin. Non sans mal.

Assurément, Solanin est un manga aux thèmes forts et qui parlera forcément à chacun d’entre nous qui sommes dans la tranche des 20-30 ans. L’œuvre nous décrit de façon douce-amère le changement qu’on ressent tous lors du véritable passage à l’âge adulte. Je ne parle pas du passage biologique, mais bien sociétal, celui où l’on doit prendre nos responsabilités en main pour un avenir sur de bons rails. Se gérer (Seul ou en couple), se sentir bien dans une société qui nous impose tant de choses – avoir un travail pour se sentir utile, mais aussi un travail qui nous plait pour ne pas avoir la sensation de bêtement combler un vide. Moi, ça me parle forcément beaucoup vu mon parcours mouvementé jusqu’à aujourd’hui où je vis une situation relativement bonne et stable, mais dont je me pose toujours des questions quant à l’avenir plus ou moins proche, ou même face au choix que j’ai pu faire par le passé. Je me projette donc sans mal dans les différents personnages qu’on croise tout le long, l’empathie est totale.

On y parle aussi de la solitude, de nos rapports avec nos proches, des choix qu’on fait dans notre vie, de la façon aussi de gérer le deuil, le tout par le prisme de la petite palette de personnage qu’on croise tout le long – et je crois que je n’aurais jamais aussi vite rempli un bingo des thèmes abordés dans une œuvre et correspondant avec ma propre expérience.

solanin-group

Au fil du premier tome, on découvre donc tout cet univers. La relation conflictuelle de Meiko avec sa mère, Taneda qui se cherche, mais aussi leurs amis comme Jiro, le grand gaillard célibataire et rigolo de service qui fait partie du groupe de Taneda en tant que batteur, avec Kenichi le bassiste, quant à lui en couple avec Ai, la meilleure amie de Meiko. La boucle est bouclée.

Chacun a donc ses petits soucis, ses petits moments de joies et l’auteur s’en sert très bien pour aborder les différents thèmes dont je parlais plus haut lors des interactions entre tout ce beau monde. Du coup, peu de personnages, mais ils sont tous suffisamment bien développés au fil de l’histoire pour qu’on puisse tous les apprécier, chacun à leur façon et qu’ils apportent tous leur pierre à l’édifice.

J’avoue, à cause de cette réputation, une très grande partie du premier tome m’avait laissé une bonne impression, mais il manquait un petit quelque chose pour réellement me transporter, pour comprendre tout ce qui faisait le sel de Solanin. Je voulais le déclic « tout de suite », aussi absurde que ça pouvait être. Puis la toute fin du tome annonce la couleur avec un évènement important qui change presque toute la vision de l’ensemble.

Et là, toute cette mise en place en place prenait sens. J’ai enfin compris là où ça voulait en venir, j’ai compris ce que l’auteur voulait dire et mettre en place depuis le début. Et là, le déclic est arrivé. Je vous ai compris.

Solanin se finit trop vite. Ce n’est pas bâclé pour autant, mais je n’avais pas envie de quitter cette bande que je venais à peine de connaître, mais dont je finissais par ressentir un certain attachement. D’autant que l’auteur laisse volontairement des intrigues secondaires en suspens, comme pour faire une fin ouverte, où l’on se ferait notre propre idée de la suite. On peut le regretter, mais ça a un certain sens avec le recul – même si ça reste toujours dommageable. On est rentré dans la vie de l’adorable Meiko par hasard, on a appris à la connaître elle et son entourage, on l’a vu sourire, puis souffrir, puis remonter la pente, avant de la voir repartir tranquillement, définitivement, sans dire un mot. On quitte ce beau monde de façon naturelle mais un peu abrupte, à la fois un peu frustré mais aussi avec une certaine satisfaction dans ce qu’on a lu, on se dit simplement qu’on ne regrettera pas l’expérience, aussi éphémère soit-elle.

Parce que malgré les évènements qui peuvent être décrits, l’œuvre est restée positive jusqu’au bout. D’un côté, au début, je m’attendais – et je « voulais » – à ce que ça soit plus dramatique que ça, mais de l’autre, la réaction des personnages, le déroulement de l’histoire, tout se tenait bien en fait, et ça sonnait « logique ». Solanin résume bien la vie, sur le fait que malgré tout ce qui peut arriver, on ne peut pas rester bloquer indéfiniment sur certains évènements malgré leurs ampleurs, que la vie continue quoiqu’on fasse sans nous  et qu’il faut avancer, ne pas se laisser abattre et aller au bout des choses. Certes, le tout est légèrement romancé et ne serait peut-être pas aussi simple pour tout le monde, mais le résultat est poignant, juste et encourageant ; le tout sublimé par le trait absolument impeccable de l’auteur Inio Asano, composant des planches sublimes et très évocatrices dans les moments les plus marquants.

Me voilà donc près pour l’épreuve suivante : Bonne Nuit Punpun du même auteur, qu’on m’annonce comme davantage pessimiste cette fois-ci. Nous verrons bien si la réputation sera à la hauteur de l’œuvre que j’aurais entre les mains.

À propos de Pso

Batman, c'est un peu mon Avengers préféré.
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